Septembre 2012. Une grenade est jetée dans une épicerie casher du nord de  Paris: un blessé léger. Les coupables sont une bande de jeunes âgés de la  vingtaine. Tous convertis ou revenus à l’Islam. Leur idole est Mohammed  Merah. Ils veulent déclencher en France (et en Syrie, contre « l’hérétique  Bachar ») la lutte armée. Au demeurant ils n’ont ni les moyens intellectuels ni matériels de leur combat. Ce sont des pieds-nickelés du djihad dont tous  les coups foirent… 

Cette épopée à la fois tragique et burlesque (qui ne précède que de trois ansles attentats du Bataclan) permet à Morgan Sportès de mettre en scène dans une fiction « au ras du réel » une série de personnages dont il restitue, à travers les dialogues à la langue  souvent savoureuse, les fantasmes politico-religieux.

Il nous convie à leur table, au Kebab du coin, nous  faisant partager leurs problèmes économiques ou amoureux : entre l’« héroïsme de la kalachnikov » et  les couches-culottes du bébé qu’on n’a pas les moyens de se payer. Il nous fait entrer aussi dans leurs  familles, déchirées par l’engagement du fils, où les pères, redoutés jadis, perdent pied. Il croque ainsi,  dans un style hyperréaliste – et sombrement ironique toujours – une galerie de portraits inquiétants : levisage d’un pays mal connu qui est le nôtre pourtant, la France du XXIe siècle mondialisé. 

Morgan Sportès est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages traduits dans de nombreux pays. Parmi  eux, L’Appât (Le Seuil 1990) a fait l’objet d’une adaptation cinématographique par Bertrand Tavernier  en 1995 (Ours d’or à Berlin) et Tout, tout de suite (Fayard 2011) a reçu le prix Interallié.

© Richard Dumas

Présence

Dédicaces le samedi de 14h à 19h

Les djihadistes aussi ont des peines de coeur, Morgan Sportès
Fayard, 2021