J’ai quatre ans. J’ai déjà traversé la mer. Des photos en attestent. En ce premier mois de la cinquante quatrième année du vingtième siècle, j’apprends à mettre des mots sur les choses et des noms sur les visages. En français. La maison, le jardin, la rue. La ville, aussi : Alger. Je ne sais pas que la terre est ronde. Je ne sais pas qu’il existe d’autres continents,
de l’autre côté d’une mer beaucoup plus vaste que celle que j’ai traversée: un océan. Je ne sais pas que
là-bas il fait jour quand je dors. De ce temps d’avant les souvenirs ont survécu quelques images. Elles sont
rares et en noir et blanc. Et elles ne me disent rien des jours ordinaires. Sur les photos, c’est mon anni-
versaire, ou bien le matin de la rentrée des classes, ou encore ailleurs, loin de la maison, sur le pont d’un
navire, sur un chameau ou sous un palmier du désert, ou bien au milieu de ruines antiques : des photos de
jours exceptionnels.

Béatrice Commengé est l’auteure de plusieurs romans. Sa pratique de la danse, des bibliothèques et des routes l’ont conduite, notamment, à revisiter Nietzsche, Rilke, Henry Miller, Hölderlin ou la ville d’Alexandrie. Elle est aussi la traductrice d’une dizaine de livres d’Anaïs Nin.

© DR

Présence

Dédicaces le samedi et le dimanche de 14h à 19h

Alger, rue des Bananiers, Béatrice Commengé
Verdier, 2021